dimanche 15 septembre 2013

Projet

Evidemment ! Comment l'oublier... Utilisable en toutes circonstances, dans tous les domaines, sur tous les sujets. Ce terme très vague est très pratique car il peut remplacer des mots plus précis, mais qui engageraient davantage leur auteur : "programme", "objectif"... ex. pour les élections municipales, on parlera de "projet municipal", plutôt que de programme...

dimanche 1 juillet 2012

Bien évidemment

Très employé par les journalistes. On commence par établir une connivence avec l’écoutant ou le lisant : "on se comprend, c’est évident"... L'expression met en place une hiérarchie de domination, avantage au journaliste qui parle ou écrit. En effet, si le récepteur ne trouve pas ce qu’il reçoit comme évident, c’est qu’il doit revoir ses classiques : « la honte, il ne voit pas que c’est évident ».
C’est évident donc, et logiquement ce qui est évident n’a pas à être énoncé, ou alors sans insister sur son évidence. Et pourtant le journaliste le fait quand même. C’est donc qu’il sait que son énoncé n’a rien d'évident, mais qu’il doit cependant le faire entrer dans les têtes. La locution adverbiale en question sied parfaitement à cet usage pour inciter à l’acceptation sans susciter aucune réflexion d’aucune sorte.
C’est donc un magnifique outil de soutien - d’autant plus puissant qu’il montre un extérieur insignifiant - à tout énoncé du corpus idéologique libéral dont on connait la tendance presque achevée à l’universalisme, sa raison majeure pour ne pas être discutée.

dimanche 25 décembre 2011

Politiquement incorrect

Voir Sans tabou...

Eléments de langage

Celui-là, il est terrible... Il s'agit des procédés utilisés dans le discours des politiques. On pourrait aussi bien parler de "langue de bois", puisque le fond du raisonnement politique s'efface devant la forme, la mise en scène de la communication.
Ainsi, des conseillers en communication sont chargés de fournir, notamment lors des campagnes électorales, des "éléments de langage" à leurs clients : expressions marquantes, petites phrases, arguments frappants... le tout devant occuper le champ médiatique, au moins pendant une journée...

Recentrer (se)

"Se recentrer sur"... au lieu de "se consacrer à", "se concentrer"...

Séquence

Terme provenant du cinéma - il s'agit d'une scène, dans un film, composée d'un ensemble de plans -, il est très à la mode dans la vie politique ; utilisé au lieu de "période", "moment" :
"Nous sortons d'une séquence marquée par ..., pour entrer dans une nouvelle séquence..."

Pas de souci !

A quoi sert ce "souci", qui ponctue les conversations, pour évoquer de simples problèmes. Utilisé à la place de "aucun problème", "d'accord"...
Pour s'en débarrasser, "aucun souci" : on arrête de le dire !

Juste

Le terme "juste" prolifère avant un autre adjectif... pour imiter sans doute l'anglais : "it's just..."
C'est juste insupportable. ;)

samedi 5 février 2011

Marge de manoeuvre

Expression souvent utilisé par des responsables, en politique ou dans les entreprises, pour expliquer qu'on n'en a pas, de "marge de manoeuvre", qu'il faut faire des sacrifices, qu'il n'y a pas d'autre solution possible... Et généralement, ce sont toujours les subordonnés, les petits, qui font ces sacrifices.

Fenêtre

Au lieu d'"occasion", "possibilité"...

Leadership

Au lieu d'"autorité", "domination", "charisme"...

Expertise

Utilisé pour simple "compétence", "connaissance".

dimanche 16 août 2009

Vite

Cet adverbe est parfois utilisé comme adjectif : Tel athlète est "vite", pendant sa course...

Dans le jargon sportif, on trouve aussi "facile".

samedi 6 septembre 2008

Vocation à

On trouve de plus en plus souvent le verbe "avoir vocation à", au lieu de "être voué à", "destiné à"...

Vous imaginez Guy Marchand chanter la fameuse chanson :
"Vocation à, toi et moi nous avions vocation à..."

mercredi 4 juin 2008

Nouvelle recherche : les objets à la con

En plus des mots et des expressions, le Cesicon se devait de recenser des réalisations qui relèvent de la "connologie appliquée" : produits et objets redondants, ou franchement inutiles, nés de je ne sais quelle stratégie marketing, ou dans le cerveau d'un inventeur en manque d'inspiration...
Les deux premiers produits repérés :
- Le Fanta sans bulles... Il fallait y penser :-)
- Les cahiers d'exercices d'été Passeport, "pour adultes" : avec des mots fléchés, sudokus, etc. (apparemment rien d'inconvenant...)
Envoyez vos observations !

mardi 6 mai 2008

Impulser

Mot "à la con" déjà ancien, utilisé pour imposer, inspirer, encourager...

vendredi 25 avril 2008

Dédié

De plus en plus utilisé au sens de spécialisé, réservé : une installation, un système dédié à quelque chose, ou dédié tout court.
Ca vient de l'anglais, bien sûr...

mardi 22 avril 2008

Les adverbes vides

Cela ne date pas d'hier, mais les phrases sont terriblement alourdies par toutes sortes d'adverbes inutiles, qui remplacent le mot "oui", ou tout simplement rien du tout :

"Absolument", "tout à fait", "effectivement", "en effet", etc.

lundi 21 avril 2008

Couac

Cette fois, il ne s'agit pas d'un mot "à la con", mais d'un vrai phénomène de la communication politique actuelle.
Un article de Daniel Schneidermann, dans Libération, le 18 avril 2008 :



Le couac, première approche scientifique

C’est bien pratique, d’avoir découvert ce mot : couac. Il faut, pour une fois, remercier les médias de cette intuition majeure de la politologie contemporaine. Elle permet de ranger toute une série de phénomènes, peu explicables individuellement. Et cette catégorisation ouvre de vastes perspectives à la recherche fondamentale sur le phénomène, comme sur les grandes découvertes récentes de la recherche sur la matière (son quasi-homonyme le quark, par exemple).
Le couac peut se définir comme la composante élémentaire de la pratique politique française, en ce début du XXIe siècle. Première constatation, le couac surgit d’un chaos : absence de perspective, de conviction, de plan d’ensemble, de désir de pacte social. S’il suscite effroi, jubilation, tumulte, il semble décourager la pensée. Comme si sa matrice de chaos décourageait symétriquement toute pensée ordonnée. Le couac est une faille, une fissure. D’autant que le couac appelle le couac, rajoutant du tumulte au tumulte. Comme nombre de produits médiatiques (affaires de «voile à l’école», agressions par des pitbulls, incendies de voitures, banderoles de stades, congélation de bébés, etc.) le couac semble s’autogénérer. Au point que l’on peut évidemment s’interroger sur la responsabilité de l’observateur extérieur, dans le déclenchement du couac. Sans intervieweur pousse-au-couac, le couac existerait-il ?
Sur l’origine du couac, impossible pourtant de ne pas s’interroger sur le rôle d’un élément déclencheur nommé Sarkozy. Partout où se trouve du sarkozysme, s’observe du couac, et réciproquement. Pour autant, ne s’agit-il pas d’une coïncidence ? Peut-il exister du sarkozysme sans couacs ? Des couacs hors le sarkozysme ? Et s’il en est la source, en est-il la source volontaire, ou involontaire ? «Sarkozy tente de remettre de l’ordre» titrent par exemple les éditorialistes, qui semblent donc conclure implicitement à la non-responsabilité de Sarkozy lui-même dans le terreau sarkozyste du couac. Mais pas de conclusion hâtive, ni dans un sens ni dans l’autre. La science progresse pas à pas. C’est sa grandeur.
Admettons un instant l’hypothèse de travail d’une responsabilité personnelle du président Sarkozy dans la naissance du couac. Ce n’est qu’une hypothèse. Personne n’a réussi à localiser exactement la source de tous ces couacs sur la carte cérébrale de Nicolas Sarkozy. Il faut donc postuler que cette origine se trouverait dans un lieu d’extraterritorialité qui défie tous les cartographes. Il faut imaginer une Atlantide mentale, une autre dimension, isolée du monde extérieur par des protections inexpugnables. Une grotte à l’écart de la rumeur du monde. Un trou noir, pour en revenir aux mystères de la matière. Enthousiasmantes perspectives.
Le chercheur ne pouvant s’exclure de sa propre recherche, observons nous aussi, simple spectateur, en train d’observer un couac. Et commençons par admettre que nous en retirons du plaisir. Ce plaisir est d’abord un plaisir de la confirmation, le plaisir de l’enfant à qui l’on raconte sans cesse la même histoire, et qui guette l’arrivée du loup.
On regarde un ministre ouvrir la bouche, on sait que va en sortir un couac. Que Roselyne Bachelot s’installe au Grand Jury de RTL-LCI, que l’on contemple en direct (presque au ralenti) le journaliste Pierre-Luc Séguillon lui poser une fois, deux fois, la question de l’éventualité du déremboursement des lunettes par la Sécurité sociale, on entend l’interrogée répondre «la question est posée», et l’on sait que l’on est en plein futur couac. On regarde la ministre Morano s’installer sur le plateau de France 2 pour répondre à des questions sur la diminution des allocations familiales, on ferme les yeux, on écoute simplement cette musique aigrelette de petite fille prise les doigts dans le pot de confiture, et l’on sait que l’oratrice est en train de vivre son initiation au couac (ce qu’elle ne sait pas encore).
Ce plaisir est enfin un plaisir du mystère. Dans les premiers instants de la naissance du couac, la réaction est d’incrédulité. On se dit : ce n’est pas possible, ils ne vont pas s’en prendre à la carte familles nombreuses de la SNCF sans avoir prévenu les associations familiales (comme on se disait hier, ce n’est pas possible de lancer cette idée de parrainage d’un enfant victime de la Shoah sans avoir consulté Simone Veil, assise à côté de Sarkozy au dîner du CRIF, ce n’est pas possible de supprimer la pub à la télé sans avoir réfléchi à un financement de rechange, ce n’est pas possible de lancer le Grenelle de l’environnement sans avoir mesuré les risques d’opposition de sa propre majorité, etc.). Cet aveuglement défie l’entendement. Il fait partie de la mystérieuse beauté du couac.

dimanche 20 avril 2008

Non- (préfixe)

A l'image de la fameuse novlangue d'Orwell, le langage contemporain fait un large usage des préfixes modifiant le sens des mots, ce qui permet de se passer de nombreux mots existants : "super-" ou "sur-" (superlatif : "surréagir", "survaloriser"...), ou encore "non-" pour exprimer la négation.
Le préfixe "non" existe déjà dans certaines expressions techniques difficilement remplaçables : "non responsabilité" d'un accident, entreprise "non habilitée" au ministère de la Défense...
Mais le "non" a tendance, à la faveur de la paresse intellectuelle, à envahir le langage : on parle d'un "non-événement", de personnes "non volontaires", ou encore des jouets (Barbie ou Kiki) vendus "non habillés"...
"Quelle belle chose, que la destruction des mots !", s'exclamait un personnage du roman 1984...